Marie-Thérèse Chambel

De La rue Case Nègre à la Busserine Mme CHAMBEL « Marie-Thérèse de l’Espace Monde »

Dominique, Mme Chambel, est née le 22 Août 1934 à la Martinique – Rivière-Salée, fille non reconnue de Robertson Pulvor. Sa mère Marcelline Coco épouse de Michel Arnolin a quatre enfants : Mathurin, Robertine, Marie-Joseph, Marie-Thérèse. (Son frère aîné décédera pendant la dissidence à l’âge de 22ans…).

Une enfance ballottée

À l’âge de sept mois, sa marraine Clotilde Librin d’origine asiatique, épouse Nou-Atsi, la récupère avec l’accord de Marcelline pour l’élever.

Agée de 8 ans Marie-Thérèse perd sa seconde mère qui avait 60 ans, et est élevée par la petite fille de Clotilde, Gertrude Gerrier jusqu’à ce qu’elle décide de retourner vivre chez sa mère biologique Marcelline, elle n’a que 11ans.

La maman la place dés le lendemain chez une commerçante du coin, Mme Bontemps, aisée et gentille, qui adopte Marie-Thérèse. Enfin une vie stable et heureuse pendant trois ans.

À 14 ans un différend oppose les deux femmes. Mme Bontemps renvoie MarieThérèse et récupère toutes les petites robes et beaux vêtements qu’elle a acheté pour Marie thérèse afin de les réinvestir chez une nouvelle recrue. C’est le constat douloureux que fera la “fillette objet“ ou “poupée humaine“.
Marie-Thérèse ira vivre chez sa tante Mme Marcelle Roy-Larentri où elle sert de bonne à tout faire pendant plusieurs mois.

Puis un homme, gérant d’un petit commerce, dénonce cette exploitation et l’envoie chez Mme Cabrera une amie qui lui donne une rémunération pour une aide à domicile, 5 francs par mois.

Cela jusqu’à 17ans, ou elle décide de travailler pour elle et fait des travaux domestiques chez l’un ou l’autre, puis chez une békée, Mme Gosselin.

Une exploitation consensuelle, période post coloniale

Marie-Thérèse trouve son bonheur et reste 8 ans, jusqu’à 25 ans. En ce lieu, elle ne s’occupe que de la grande–mère Mme Fabre. Arlette, la fille des békés, se marie et Marie Thérèse reste dans la famille et continue son service auprès de sa nouvelle patronne à Balata.
Cette vie de service auprès des patrons donne un cadre et une stabilité affective par défaut à Marie-Thérèse qui organise sa vie autour de son travail. Une exploitation consensuelle où le Béké gère son investissement jusqu’au départ du salarié.
Une « vie de fortune » qui est ordinaire à cette époque et où chacun bon gré mal gré y trouve son compte. M. Gosselin était l’administrateur de l’Habitation Trenelle sous la gouvernance de M.Desgrottes. C’est l’époque décrite par Zobel dans Rues Cases Nègres.

Les cases Nègres

C’étaient les habitations des coupeurs de cannes. Marie-Thérèse vit chez le patron (qui remplacera le Maître du temps de l’esclavage), dans la maison des privilégiés et non sur les terres agricoles.
Marie-Thérèse quitte le service d’Arlette Gosselin dont elle a été la gouvernante. Elles ont seize ans d’écart et l’a connue enfant. Arlette épouse un Béké M.Bezelin qui était patron d’une petite entreprise.

La mère de M. Bezelin voit Marie-Thérèse comme une rivale. A 26 ans Marie-Thérèse Arnolin quitte la famille et reprend son service auprès d’une famille Antillaise, Mr et Mme Villette.

A 27 ans Marie-Thérèse accouche d’une petite fille, Dominique.
C’est en 1961 qu’elle rencontre celui qui sera son époux durant toute sa vie, Evariste, appellé communément Gérard Chambel. Marie-Thérèse a trente ans. Elle aura ensuite deux enfants, Miguel et Joël. Gérard reconnait les trois petits.

La famille s’agrandit

1964 : Gérard quitte la Martinique pour “l’Eldorado“, la Métropole , afin de chercher un travail.
Marie-Thérèse vit chez la tante de Gérard, “Marraine“, avec ses trois enfants plus les trois enfants de Gérard : Mirella 7 ans, Emmanuel 5 ans, Dominique 4 ans, Miguel 3 ans, Joël 18 mois, Chantal 3 mois.

Neuf mois après la famille se regroupe en France par le biais du BUMIDOM.
Elle arrive au Havre par bateau « le Flandre » en février 1964, avec le froid de l’hiver, puis est escortée par 2 représentants du BUMIDOM.

M.Chambel travaille dans une entreprise « Masson et Entrasse ». C’est la femme du patron qui fait le nécessaire pour recevoir la famille dans d’excellentes conditions.

1965 : la famille vit à l’avenue Cantini, puis dans le 14éme arr. aux Rosiers. Naissance de Didier. C’est l’époque où Mme Chambel rencontre Mme Ega.

1967 : naissance de Jacqueline.
1968 : naissance de Roseline.

1969 : c’est l’arrivée à la Busserine à ST Barthélemy III plus exactement, au Bât B1, un T6. L’appartement est tellement grand que les enfants font retentir leurs voix et écoute l’écho, en s’amusant : «Maman où es-tu ?» raconte en souriant Marie-Thérèse. « J’y suis restée toute ma vie », j’ai élevé tous mes enfants, et puis je suis partie pour un duplex T7 au bat. B », rajoute-t-elle.

Pendant les vacances, je partais aux Milles dans la maison de campagne de Mme Masson, la patronne du père Chambel, et sa fille Jeannette.

À cette époque, il y avait d’autres familles antillaises à la Busserine :

Gody, Azémon, Aglaé, Aureville, Sama, Solmon, Michel, Clovel, Bille, Jupiter, Nardol, William, Luciathe.

C’est la création de L’A.C.S.A.G. (Association Culturelle et Sportive des Antillais Guyanais de Marseille), avec ses sorties culturelles, son groupe folklorique « les Grains D’or » et son équipe de foot.

Mme Chambel prolonge ses loisirs à Lambesc où elle emmène sa grande famille plus des enfants du quartier tous les étés, chez Mme Masson.

Marie-Thérèse et sa famille participent activement à la vie culturelle du quartier. Les filles dansent dans le groupe folklorique de Mme Ega et les garçons jouent de la trompette dans la fanfare de Mmannzo : les Pirates.
Joëlle se souvient des majorettes du Grand St Barthélémy, les Tulipes Bleues.

A la mort de Mme Ega (en Mars 1976), Mme Chambel prend le relais et travaille au C.C.O. de Busserine (centre de culture ouvrière) avec M.Montarello.
Marie-Thérèse habite cet équipement (qui deviendra l’actuel Espace Culturel de la Busserine) en tant que concierge et c’est là qu’elle devient pour tous les enfants de la Busserine une notoriété, sept ans femme de ménage et onze ans.
Tous connaissaient dans le quartier Mme Chambel. C’est durant cette longue traversée Marseillaise que Marie-Thérèse a perdu son époux Gérard le 10 novembre 1990.

Enfin c’est avec beaucoup de souvenirs que Marie thérèse décide de “rentrer au pays“ comme elle le dit.
C’est avec une grande fête organisée par l’Espace Culturel et tous ces adhérents que Mme Chambel a dit aurevoir a tous ces adultes et enfants d’hier.
Elle se souvient aujourd’hui de Zoubida, Ahcéne, José ,Farid, Djalmel, Cady, Nora, Akel, Frédérique, louisa, Abdénor, Faroudja…, et moi Jean Pierre son serviteur.

C‘est au nom du Comité Mamega que nous avons retrouvé Marie-Thérèse cet été, elle voulait tous vous revoir mais l’Espace était fermé pour congés annuels.
Marie-Thérèse emporte les coordonnées du Vivre Ensemble qui est pour elle le lien avec ce quartier qu’elle a aimé et c’est là que ceux qui le souhaitent pourront réagir et maintenir intact ce lien invisible, qui nous lie à Mme Chambel.

Elle dit ne plus vouloir faire ce long voyage de son île la Martinique à la Métropole.

Souhaitons seulement qu’elle se trompe et que nous puissions encore rire et nous souvenir autour d’une bonne table de notre tranche de vie et attachement avec ce quartier.

Le souvenir de Marie Thérèse trône sur l’Espace Culturel des années 80/90 et nul autre ne peut la remplacer. À tous ceux qui l’ont connue, elle adresse un bonjour ensoleillé de la Martinique.