HALIDI M’SAR : LE SPIKE LEE MARSEILLAIS

Un regard aiguisé sur la vie : son sourire est le reflet d’un optimisme à toute épreuve

  • Un ancien de la Busserine – Arrivée en 1983
  • Né en novembre 1974
  • Père matelot (CGM) il vient en France dans les années 70
  • Mère au foyer, elle a 6 enfants
  • Origine comorienne

Du rap à la caméra : L’histoire d’Halidi

Né en 1974 dans les quartiers populaires de Marseille, Halidi a grandi à Félix-Pyat, après un déménagement de la famille. Fils d’immigrés comoriens, il est le quatrième d’une fratrie de six enfants. Son père, matelot à la CGM, travaillait sur des cargos et voyageait fréquemment, dont à bord du France. Dès son plus jeune âge, Halidi est confronté à la violence et aux inégalités sociales. Un souvenir marquant de son enfance est un accident survenu à l’âge de 8 ans, lorsqu’un feu a ravagé un magasin près de chez lui et qu’il a été renversé par une moto en voulant sortir malgré l’interdiction de sa mère. Ce drame a précipité la décision de sa famille de déménager à La Busserine.

À La Busserine, Halidi se rend vite compte des différences sociales et raciales. Ces expériences marquent son éveil à la question de l’identité et des injustices raciales.

La découverte de l’art graphique et du hip-hop

Comics : Les livres du diable

À l’école, sa curiosité naturelle pour l’art se manifeste rapidement. À 8 ans, Halidi rencontre Abou Mouridi, un ami du quartier qui devient son mentor artistique. Abou lui fait découvrir le monde des comics, un véritable choc culturel pour Halidi, issu d’un environnement religieux strict. Passant de Mickey à Spider-Man, il est d’abord choqué par la violence et la sensualité des dessins, mais finit par se passionner pour cet univers. Ce changement nourrit son intérêt pour le dessin et la création visuelle. À 10 ans, il commence à dessiner et, à 13 ans, l’influence des comics améliore la précision de son travail. Abou, passionné par le même univers, devient un compagnon d’apprentissage et de partage artistique. Ensemble, ils se lancent dans des échanges de dessins et de bandes dessinées, alimentant une concurrence saine et une véritable rencontre artistique.

En parallèle, Halidi découvre la culture hip-hop dans les années 80, grâce à l’arrivée du rap en France. Ce nouveau genre musical et sa culture, véhiculée par des émissions de radio libre comme Radio Galère, s’imposent dans sa vie. Il commence à rapper et à s’intéresser à la danse et au graffiti. Les groupes comme IAM et Suprême NTM, très populaires à l’époque, deviennent pour lui des sources d’inspiration. Cependant, il ressent un manque : un besoin de s’exprimer plus profondément, d’aller au-delà de la musique. C’est alors que le graphisme, en particulier le graffiti, devient un moyen pour lui de lier ses influences artistiques et son engagement social. C’est non seulement une forme d’expression personnelle, mais aussi une manière de contester les injustices sociales.

En 1998 Arsen le petit frère commence à faire ses propres choix professionnels cela se concrétisera davantage en 2000.
1999 Lycée Victor Hugo où Halidi a passé son baccalauréat puis c’est la fac d’Aix-en-Provence.

Une belle rencontre l’aventure avec Body and soul

Après quelques répétitions infructueuses au studio de Jean Jaurès, les deux frères décident d’investir et d’acheter du matériel d’occasion afin de pouvoir concrétiser leur rêve. L’aventure Rue 14 commence (c’est le nom de groupe qu’ils ont choisi). Ils sentent qu’ils sont au bon moment au bon endroit. L’aventure hip hop est en train de débuter à Marseille et ils cherchent et trouvent leurs places.

Halidi continue de nourrir ses créations à travers des rencontres internationales grâce à l’association Body and Soul. Ces échanges avec des rappeurs, graffeurs et danseurs venus d’Allemagne, de Saint-Pétersbourg, de New York et d’ailleurs enrichissent son travail et sa vision de l’art.

L’émergence de la vidéo et du cinéma

Après avoir vécu intensément la scène hip-hop marseillaise, Halidi oriente peu à peu ses aspirations vers la vidéo. Il achète une caméra HD en 2005 avec ses économies et commence à réaliser des clips pour des artistes locaux comme le groupe GIZ. Ses clips rencontrent rapidement du succès, ce qui lui permet de vivre de son art. En 2006, il est repéré par Mathéo, le manager de Soprano, qui l’introduit dans le monde professionnel du cinéma et de la vidéo musicale.

Halidi combine ses compétences de graphiste avec son intérêt pour l’audiovisuel. En 2001, il obtient un Master II en Art et Communication et se forme en tant que chef opérateur. Sa carrière prend un tournant en 2008, lorsqu’il intègre l’équipe de la série Plus Belle La Vie en tant qu’électro (chargé des éclairages), avant de devenir premier assistant caméra sur le film Des enfants sur les arbres de Bania Medgbar. Cette expérience, tournée en pellicule, est un tournant majeur dans sa carrière, car il découvre la rigueur du travail sur un plateau de tournage.

Le passage à la réalisation : De chef opérateur à réalisateur

En 2009, Halidi fait un pas décisif dans sa carrière en devenant chef opérateur sur le film Plan B, de Kamel Saleh. Cette expérience est une étape cruciale, où il passe d’assistant à chef opérateur en raison d’une absence imprévu de l’opérateur principal. Ce tournant, combiné à ses années de pratique sur des clips et des séries, le prépare à devenir un réalisateur à part entière.

De 2009 à 2022, il est premier assistant caméra, soit électro ou en tant que techno, dans plusieurs tournages ou des productions comme : la Luna productions, France 3, Plus belle la vie.  « J’étais chef opérateur sur le prime time, j’ai eu aussi des prestations parce que j’ai une réalisatrice qui qui m’appelait tout le temps en fait c’était pour des produits en fait commerciaux c’étaient des publicités » 

En 2018 il monte sa boîte de production, une SAS: BOOMING ENTREPRISE, qui ferme en 2019 à cause du COVID. Aujourd’hui, Halidi travaille à PROVENCE STUDIOS en tant que chef Opérateur.

L’impact de ses origines et son regard sur la société

Aujourd’hui, Halidi est un artiste et un réalisateur reconnu, mais son engagement va bien au-delà de l’art. Sa caméra, comme son art, est une arme et une armure, utilisée pour éveiller les consciences et dénoncer les injustices sociales. Son parcours, marqué par son expérience du racisme, de la pauvreté et des inégalités, a forgé son regard critique sur la société et son désir de changer les choses. À travers ses films, ses clips, et ses œuvres artistiques, il continue de défendre sa vision du monde, tout en restant fidèle à ses racines et à ses valeurs d’engagement.

Et il n’a pas fini de nous surprendre ! Nous sommes impatients de le suivre.