Frantz Ega

« Un dissident parmi tant d’autres »

Né le 12 février 1919 au Marin en Martinique, FRANTZ est le fils d’une chabine* Aimée (Marie, Robertine). La grand-mère, Sina EGA, au teint clair, eut six enfants : Emilie, Eugénie, Aimée, François, Léon, Félix.

Frantz est le fils biologique d’un mulâtre Thomas (St Ange) Augustin que l’on surnommait Estella, qui ne l’a pas reconnu, mais qu’il croisait souvent dans le bourg.

*Chabine : une femme noire à la peau claire, blond doré.

Les 10 enfants d’Aimée :
Michel Ega
Frantz Ega a eu 6 enfants – 2 filles 4 garçons
Thérèse Valère décédée en Guyane
Lucien Valère 75 ans en 2009
Pierre Valère a eu 2 enfants
Raymond Valère a eu 5 enfants – 4 filles 1 garçon – Toujours vivant en avril 2009
Dolorès Valère a eu 2 enfants
Josèphe Valère 75ans – toujours vivante en avril 2009
Raymonde Valère – toujours vivante en avril 2009 – 1 enfant
Julien Ega décédé

Trois enfants portent le nom de Man Na Ega, n’ayant pas été reconnus (Michel, Frantz, Julien). Les deux aînés car ils ont refusé d’être reconnus par Raymond Valère sur son lit de mort. Le dernier Julien car Raymond laissa sa femme Aimée enceinte au moment de sa mort.

Ils vécurent à Fort de France, route des Religieuses, à Terre Saint Ville. La maman travaillait en tant que serveuse au « Cercle des Blancs », un grand hôtel à la Savane (centre Ville).
Frantz a grandi avec son beau-père, un Monsieur Nègre, charpentier de marine qui fabriquait des gommiers ( barques traditionnelles martiniquaises) et des vedettes. M. Valère, entrepreneur, aimait et les jeux d’argent et les combats de coqs.

La famille habitait sur la route « Rivière Monsieur » qui deviendra par la suite le quartier populaire de Ste Thérèse. La famille Valère est de Ste Thérèse. Ferdinand, le neveu de Raymond le beau-père, était musicien et jouait du saxo de la guitare.

J’étais un voyou… C’était la bonne vie quand même

Frantz va à l’école privée avec M. Blanchard et Mme Berrouar, dont il retiendra toute sa vie les poésies. À cette époque, les maisons étaient en bois ou en tuiles pour les plus fortunés, en roseaux ou tôles pour les autres.
Les enfants jouaient pieds nus, en short. Des vêtements de récupérations : « sac farine France » ou drill (tissu proche du lin) couvrent parfois les corps menus.
Les champs de cannes et l’école constituaient les aires de jeu de la Dillon. Des enfants de Ste Thérèse pataugeaient dans la rivière la Glacière, près de la Croisée Manioc et du cimetière. Ou encore Frantz s’amusait avec ses camarades à cada (saute moutons) et à toulit (osselets) avec cinq cailloux.

A onze ans, il obtient son certificat d’études. Le beau-père avait des autobus que l’on appelait des grands taxis. Chacun d’eux portait un nom : le modèle « 2411 » baptisé Quand même, le « 3074 » Bien faire, le « 3076 » Laisser dire – avec des moteurs de marque : Diamouth, Ruby et Durand. Ils traversaient la Martinique du Nord au Sud.

A quatorze ans, il quitte l’école pour travailler avec M. Valère. Michel et Frantz apprirent le métier avec lui. Ils calfeutraient et assuraient l’étanchéité des bateaux au bord de mer. Avec quelques sous ils partaient au cinéma le « Gaumont », à Fort-de-France, au « Bata » à Terre St Ville ou à Ste Thérèse.

A seize ans, Frantz est chef scout et joue au foot ball. Il danse dans le quartier sous les rythmes du charleston, cha-cha-cha, de la biguine, du ti-bois et Black Botton.

« Si tu allais draguer vers « bord canal » et changeais de territoire, tu prenais le risque se prendre des coups par les garçons de ce micro territoire », souligne Frantz en riant, comme l’enfant qu’il a été.

Frantz rencontrera Françoise sa première femme dans le mouvement du scoutisme. Il y avait toujours des sorties organisées par le père Adol, un prêtre blanc, qui avait le titre de Commissaire des Scouts.

L’aveugle et le paralytique

En 1939, éclate la seconde guerre mondiale. Frantz a 20 ans lorsqu’il est appelé sous les drapeaux le 8 décembre1939. Il était alors chef scout, Françoise cheftaine.

Avant de partir pour la France, Françoise organisait régulièrement des surprises parties chez sa mère. Elle avait un atelier de couture prêt de la cathédrale de Fort-de-France

Le scout Frantz suivait un formation de brancardier. Il découvre l’infirmerie avec le Doc Motestruc, près de la route des religieuses qui mène à la Redoute. Le Docteur Laval Martin lui avait appris les premiers soins au Dispensaire de Ste Thérèse.

Avant de partir pour défendre la mère patrie, Frantz dit à Françoise : « tu vois cette femme-là, c’est ta Belle Mère. Tu iras lui rendre visite, pendant mon absence. » Elle éclata de rire. Il ajoutera ensuite ce texte que lui avait appris Mme Berrouar : « Faisons l’aveugle et le paralytique. Je marcherai pour toi, mes yeux dirigeront tes pas mal assurés, mes jambes à leur tour iront où tu voudras.» Elle rit de nouveau, mais respectera plus tard son engagement.

La carrière militaire

Pendant ce temps la en France…L’État français sous le Régime de Vichy.

Dès juin 1940, Pétain met en œuvre une politique de collaboration avec les Nazis, se substitue au président de la République, qui, bien que n’ayant pas démissionné de son mandat, se retire de la fonction, puis s’autoproclame « chef de l’État français ».

Le régime de Vichy est le régime politique de Philippe Pétain qui assura le gouvernement de la France du 10 juillet 1940 au 20 août 1944 durant l’occupation allemande et dont le siège se situait à Vichy alors en zone libre.

Après le vote des pleins pouvoirs constituants, le 10 juillet 1940 par l’Assemblée nationale, la mention République Française disparaît des actes officiels. Le régime est dès lors désigné sous le nom d’État Français.
Du fait de son aspect particulier dans l’histoire de France, de sa légitimité contestée et du caractère générique de son nom officiel, le régime est le plus souvent désigné sous les appellations Régime de Vichy, Gouvernement de Vichy, voire simplement Vichy.

Au cours de la guerre, cette collaboration prendra plusieurs formes avec les arrestations de résistants, de francs-maçons, ainsi que les rafles de Juifs. Les Allemands qui occupent d’abord le Nord et l’Ouest, et à partir du 11 novembre 1942 la France tout entière, laissent l’administration française sous l’autorité d’un gouvernement français installé à Vichy et dirigé par le maréchal Pétain, nommé président du Conseil par le président Albert Lebrun. Le régime n’est pas un partenaire militaire direct pour le Troisième Reich mais le gouvernement Laval reconnaît la Légion des volontaires français (LVF) comme une association d’utilité publique, avant d’autoriser en 1943 la création d’une unité française de la Waffen SS. Vichy contribue aussi à l’effort de guerre allemand via la collaboration de son industrie militaire — comme étant défini dans les conditions d’armistice — et fournit à l’occupant une force armée supplétive de répression, avec la Milice française.

« La mort n’était pas au rendez-vous – lanmô pa té épi moin »

Frantz est libéré le 8 décembre1941. Il est parmi les premiers antillais à partir en dissidence. La Martinique est alors gouvernée par l’Amiral Robert.

La guerre d’Indochine est un conflit armé s’étant déroulé de 1946 à 1954 en française, et ayant abouti à la fin de cette fédération ainsi qu’à la sortie de l’Empire colonial français des pays la composant.
En 1945, à la fin de la 2ème guerre mondiale, le conflit avec l’Empire du Japon aboutit à la désorganisation complète de l’administration coloniale française en Indochine. Le Việt Minh, mouvement nationaliste fondé par le Parti communiste indochinois, en profite pour prendre le contrôle d’une grande partie du territoire vietnamien : Hồ Chí Minh, son chef, proclame le 2 septembre 1945 l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam.

Frantz reconnaît avoir fait quelques petits trafics de médicaments pour se faire un peu d’argent. Il retirait des blessés du Mekong. « certains travaillaient avec nous la nuit, ils se battaient contre les Français. « C’était la guerre, les Viets ne rigolaient pas ».

Frantz se remémore : « les Français ont failli me tuer à Dakaho, un quartier de Saigon. Malgré un pressentiment, je me suis rendu au cinéma avec une chinoise et son frère. Après les avoirs raccompagnés chez eux, à deux mètres de l’angle d’une ruelle, j’entends une voix qui crie : halte ou je fais feu. Les Viets ont tiré sur moi, j’ai détalé et j’ai rampé jusqu’à la 7éme compagnie de Réparation. J’étais pris au milieu de deux feux, mais la mort n’était pas au rendez- vous. Je soignais tout le monde c’est peut-être pour cela que les Viets ne m’ont pas tué. »

« Mieux savoir pour mieux servir » devise de l’École pour la préparation des indépendances

En 1948 Frantz exerce à l’hôpital Militaire de Fréjus en chirurgie. Fréjus deviendra par la suite un lieu symbolique qui accueillera l’école de formation des officiers ressortissants de territoires d’outre-mer ouverte en 1956 : l’EFORTOM. En 1959 elle devient l’École de formation des officiers du régime transitoire des troupes d’outre-mer puis des troupes de marine. Sa mission est de « fournir aux jeunes Républiques africaines et malgache l’ossature de leurs armées en cours de création. La fermeture de l ‘École s’effectuera le 9 juin 1965)

La campagne militaire de Frantz en Indochine durera du 7 janvier 1946 au 18 novembre 1947. Françoise craint pour son époux, elle ne veut pas qu’il retourne en Indochine et menace de s’engager elle aussi à nouveau. Elle va voir son supérieur le Colonel Filippi qui intervient leur faveur car ils sont jeunes mariés et au lieu de le renvoyer à Saigon où ce dernier souhaite partir, il l’envoie à Madagascar

La France fonde en 1949 le Viêt-nam, gouvernement central vietnamien proposant une alternative politique à Hồ Chí Minh, et le dote d’une force militaire, la vietnamienne, afin de « vietnamiser » le conflit.

Issue

Accords de Genève

Fin de la Fédération indochinoise (1954) et de la présence française en Indochine (1956)
Indépendances du Viêt-nam, du Cambodge et du Laos
Partition du Viêt Nam entre le Nord et le Sud

Parmi les Antillais, amis de Frantz à Saigon, il y avait Hatil, Zabeth, Dacalor et Taco. Beaucoup reviendrons mariés avec des Vietnamiennes dont M.Hyppias et M.Ruster de Marseille

Puis il y a eu de nouvelles campagnes militaires, durant L’A.O.F – arrivée à Dakar au Sénégal le 19 avril 1949 puis la Guinée et le Dahomey(Bénin)
Frantz étais chef du service d’hygiène, il a connu des épidémies de variole, de fièvre jaune et a soigné des populations au dispensaire.

Françoise le suit avant de repartir en France, elle veut des enfants mais n’arrive pas à en faire, elle ira voir un guérisseur.

Arrivé à Madagascar le 24 octobre 1952, il apprend en embarquant sur le bateau que Françoise vient d’accoucher en Métropole.

Le 3 octobre 1952 naissance de Jean Luc son premier enfant. Il sera affecté à l’infirmerie de Garnison de Tamatave , puis à Tananarive, en Médecine Générale avec le Médecin Commandant Ortolan, en tant qu’infirmier major avec la sœur Estefani.
Françoise le rejoint à Tananarive, elle travaillait au Trésor Public en tant que Comptable.

Le 9 mars1954 naissance de Jean-Marc à Tananarive. Il effectuera deux années à l’Hôpital militaire de cette ville en tant qu’infirmier Major.
Frantz quitte Tananarive le 18 octobre 1954 à destination Paris, avec sa petite famille.

En 1956, Retour à Marseille et le 12 mars 1956, naissance de Christiane la première fille du couple. Frantz travaille en tant qu’infirmier militaire à l’Hôpital Michel Lévy, sous les ordres du Commandant CAUVIN. Françoise est femme au foyer. La famille habite au Camp des Mariés à « l’Hôpital 294 de Fréjus».

Après 15 années de service, il sera libéré le 9 mars 1955 avec le grade de Caporal Chef. Trop impulsif. Frantz a commis des impairs qui ont pénalisé sa carrière de sous-officier.

En résumé tel a été son parcours de dissidence

Départ de Fort de France

C’est au Rocher du Diamant que l’embarquement se fait pour Ste Lucie. Beaucoup y laisseront la vie soit à cause d’une mer agitée, soit coulés par les patrouilles françaises qui surveillent et tirent sur les fragiles embarcations de pêcheurs qui ont répondu à l’appel du Général De Gaulle.

Ste Lucie – Trinidad rappelé sous le drapeau le 8 février1942
Fort Dicks – New York et Camp kilmer pour un entraînement de quelques mois
Havre, il y débarque le 28 mars 1945 au 61ème B.M, puis affecté au DRS 451 le 27 août 1945
Fréjus, à l’École du Soldat, pour parfaire le maniement des armes, sous l’autorité du Capitaine Adigard de Gautry, responsable des dissidents
Fribourg en Allemagne pour quelques mois.

Il embarque à Marseille le 15 décembre 1945 sur la « Rondle Castel » à destination de l’Indochine

En Cochinchine – il débarque le 6 juillet 1946 à Saigon au G.C.S des T.F.E.O.- les détachements d’infirmiers coloniaux de la Zone Sud. Détaché au D.R.S 451, le 1 mai 1946 contrat d’engagement pour L’E.O transformé en contrat pour 3,5 ans à compter du 1 octobre 1947

Débarqué à Calais le 18 novembre1947 il est affecté à l’hôpital militaire 294 à Fréjus le 21 mai 1948 ; réengagé pour 2 ans.

Puis, Dakar le 19 avril1949, Tamatave le 24 octobre 1952.

C’est tout naturellement que Frantz a choisi la médecine à l’armée et il est devenu infirmier. Il fait partie des F.F.L – Les Forces terrestres de la France Libre
« Je suis arrivé à Saigon, je devais avoir 26 ans. J’ai soigné des blessés au camp des Dépôts Ravitaillement Sanitaire : Le D.R.S. 451 » se souvient Frantz

Les Forces françaises libres voient le jour le 1er juillet 1940 avec la création « sur le papier », pour les forces terrestres, d’une « première brigade de Légion française » regroupant les 1300 ralliés du corps expéditionnaire de Norvège et les civils engagés dans la France libre.

De 1940 à 1955 Frantz EGA fera 16 campagnes militaires

Médaille militaire
Médaille Coloniale
Croix de guerre
La Légion d’honneur en 2010 Par le Président de la République. Nicolas Sarkozy et la commune de Case Pilote en Martinique lui rendent les honneurs.

Carte de l’AOF. En bleu sombre, les colonies fédérées en 1895 ; en bleu clair, les territoires associés ultérieurement.
Afrique-Occidentale française
Constituée en plusieurs étapes, elle réunit à terme la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français (devenu Mali), la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, la Haute-Volta (devenue Burkina Faso) et le Dahomey (devenu Bénin), soit près de 25 millions de personnes au moment de sa dissolution.

L’Afrique-Occidentale française (AOF) était une fédération groupant, entre 1895 — 1958, huit colonies françaises d’Afrique de l’Ouest, avec l’objectif de coordonner sous une même autorité la pénétration coloniale française sur le continent africain.