Mémoire (S), souvenirs
Témoignages autour de Marie Geneviève MARTIN
Je suis arrivée en 1975 à la Busserine, comme éducatrice en Prévention spécialisée dans ce que nous appelions à l’époque la Fédération des Clubs et Équipes de Prévention (FCEP).
C’est à ce moment-là que je rencontre Marie Geneviève Martin, faisant partie de l’équipe depuis plusieurs années. On me prévient très vite de sa gouaille et de son franc parler !!!!
Marie Geneviève avait ancré ses interventions dans plusieurs lieux : Le siège social du service situé au BT F3 cité Picon, Un local Atelier situé en pied de l’immeuble au Bat A cité Picon et les locaux du Club de Prévention APRETEL dits « les ateliers du Mail » situé en bordure de la Copropriété du Mail, avenue Raimu …….
Dans ces différents lieux, elle développait des actions et activités auprès des plus jeunes et des préadolescents, activités éducatives plutôt centrée sur l’animation avec des ateliers : poterie, écriture …mais aussi ses premiers attachements à tout ce qui tourne au suivi scolaire, en lien avec les familles et les enseignants du Primaire …
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Marie Geneviève a été à l’origine de nombreux projets qui ont marqué son parcours professionnel et son histoire avec les enfants, adolescents et jeunes du Grand Saint Barthélemy et leur famille, dans un contexte où expérimenter et créer des projets innovants était beaucoup plus d’actualité : sa capacité à agir, à construire et à « déplacer des montagnes » était reconnue par tous, souvent en dehors des clous et des contraintes institutionnelles !!!!
Ce fut le cas sur les projets suivants :
▬ Le développement des actions de SOUTIEN SCOLAIRE, à un moment où cela était peu développé avec la mise en place et le suivi d’une action originale » LE SOUTIEN SCOLAIRE à DOMICILE » où un animateur se rendait à domicile chez des familles volontaires pour accompagner et aider au suivi de la scolarité et à l’organisation du travail scolaire. Les familles accueillaient ainsi à domicile des petits groupes de 4 ou 5 enfants.
▬ Sa participation active au projet de la Colonie de quartier, projet mis en œuvre par l’association ASSUR, s’adressant à des enfants ne partant pas habituellement en vacances et dont l’encadrement était assuré par animateurs issus du quartier et des enseignants, cette action a laissé de profonds souvenirs dans l’histoire du quartier.
▬ Les périples à Vélo : Action qui a permis à des jeunes de partir pour de longs périples à vélo en préparant le tracé de leur séjour, l’organisation, l’intendance … mais aussi la préparation physique pour tenir le coup… Plusieurs jeunes m’ont parlé pendant des années de cette fameuse salade de riz et dans les menus quotidiens qui tenait au ventre, disait Marie Geneviève et ne coutait pas cher !
▬ L’action VILLE CAMPAGNE : Projet suivi au cordeau par Marie Geneviève : À l’initiative de Marie Martin Raget, à cette époque, Chef de projet Politique de la Ville, cette action prévoyait d’organiser et suivre le départ d’enfants du quartier à la Campagne pendant l’été chez des familles de milieu rural. La touche innovante proposée par Marie Geneviève a été basée sur l’idée de développer, non pas un accueil unilatéral de type humanitaire, mais de développer ces accueils autour des échanges et des solidarités. Un réseau de famille accueillante a ainsi été créé à Marseille à la Busserine comme à Pézenas en milieu rural pour préparer des actions de rencontres, d’échanges entre les enfants et leurs familles. Cette action a concerné plusieurs familles de Busserine , Picon et Font vert.
▬ Le BUS ANGLAIS et ses activités de restauration : Le prêt d’un Bus anglais à deux étages, de couleur Rouge vif, lui avait donné l’idée dans les années de la Guinguette de développer avec des jeunes les activités de restauration des évènements culturels sur le quartier.
Il s’agissait d’impliquer des jeunes filles et garçons dans ce projet pour développer des supports d’insertion à la fois dans la restauration et la retape du Bus mais aussi dans les actions de cuisine pour assurer les repas lors des soirées.
Les budgets, particulièrement, pour ceux qui l’ont connu, étaient des moments de prise de tête pour tout mesurer, tout calculer !!!! Faire des économies et ne pas dépenser !!!!
Les jeunes, avec humour, disaient être marqués par le décompte quasi rigide des feuilles de sopalin qui enveloppaient les sandwichs lors des buvettes pour assurer la rigueur et le respect des prix de revient et des prix de vente, les engueulades, enrichies d’un vocabulaire imagé, lorsque les consignes n’étaient pas respectées !!!!!!
Pendant nos années communes de travail, nous avons partagé des moments forts professionnellement, relations qui sont vites devenues basées sur le respect et le partage. J’ai partagé avec Marie -Geneviève des moments de prise de tête dans le rapport avec les institutions !!!! ce qui n’était pas son fort ! Mais qui nous ont aussi conduit à des parties de fous rires sur des situations que je ne peux conter ici …
Si je devais caractériser sa façon de faire, se serait ; faire les choses hors cadre !!! et considérer que c’était légitime Marie Genéviève disait d’ailleurs que son crabe lui avait été fabriqué par l’institution !
Anne-Marie TAGAWA
« À Marie, Éducatrice au caractère bien trempé, aux convictions éducatives fortes et aux valeurs profondément ancrées. Par son engagement, elle m’a fait découvrir des activités ainsi qu’à ma fratrie et ami(es) de quartier, des séjours, des horizons nouveaux, ouvrant pour beaucoup d’entre nous une véritable fenêtre sur le monde. Elle nous a appris à croire en nos capacités, à nous dépasser et à grandir. Son empreinte est encore là aujourd’hui, dans ce que je suis devenue, dans le métier que j’exerce à mon tour, et dans la façon dont je transmets. Marie continue de vivre à travers ce qu’elle a semé en chacun de nous. « Bises. »
Dalila AÏSSA
Marie Geneviève Martin. Trois prénoms pour une personne qui a su impliquer à 300% dans sa vie, son métier, ses amitiés et ses amours aussi, j’en suis sûr même si elle n’en parlait pas. Mais comme on dit c’est ceux qui en parle le moins…
1970 j’ai 8 ans c’est notre premier contact au club. Un atelier multi-activité : peinture, poterie, menuiserie. On apprend la rigueur, le vivre-ensemble, les obligations de laisser propre. On en profite pour discuter de nos vies, de nos petites misères et de nos grandes joies. Nos œuvres sont affichées sur les murs du club au yeux de tous.
On élabore des projets. Elle fait feux de tout bois. Même nos vieux vélos rafistolés deviennent des moyens de partir à l’aventure en Camargue et ailleurs. On apprend qu’on a de la valeur, que ce qu’on sait faire en se débrouillant ça vaut quelque chose. C’est une force et pas une tare.
Autour de l’adolescence on a pris des coups de pieds au cul parce que bien sûr on a fait des conneries. Mais malgré toute la confiance qu’elle
nous a accordée, elle nous a aidé à vouloir rentrer dans le monde adulte. Elle nous a permis d’avoir un lieu à nous avec des clefs et des règles aussi
bien sûr. Un appartement qui nous servait de lieux de rencontre pour jouer aux cartes faire des plans sur la comète. Se projeter dans l’espace quoi…
1978 et 1979 on s’attaque à de grands projets qui nous mettent dans les pas de grands sportifs avec des randonnée à vélo de Marseille vers la Savoie et vers le Jura. En passant par des cols mythiques comme le Galibier, le Lautaret, le Télégraphe. Ce sont aussi les colos des quartiers pour les enfants du quartier encadré par les jeunes animateurs du quartier. Et la liste n’est pas exhaustive.
C’est aussi une relation personnelle qui a fait d’elle un « presque »
membre de ma famille aussi bien avec mes parents que dans mon dans mon foyer.
Rachid BACHI
Marie, c’est cette personne qui n’attendait pas l’autorisation pour taper aux portes des gens de la cité afin de leur demander (voir imposer) d’inscrire leurs enfants aux activités qu’elle proposait.
Marie, c’est cette éducatrice qui nous a transmis les codes de la vie en société quand nos parents nous transmettaient que des valeurs, aussi précieuses soient-elle.
Marie, c’est cette grande dame qui a donné sa vie aux autres, aux enfants de Picon/Busserine / Saint Barthélémy/Mail notamment Elle nous avait raconté qu’elle avait failli entrer dans les ordres étant jeune (comme sa sœur). Heureusement pour nous, elle a choisi l’éducation populaire. Elle nous a fait grandir « à la dure », c’était l’époque puis son caractère, mais cela nous a permis d’avoir les outils pour nous battre dans la vie afin de DEVENIR qui nous sommes. Nous, les enfants des quartiers Nord, aujourd’hui adultes, sommes tous UNIS par Marie.
Qu’elle repose en paix car on l’a bien fait chier en fait. Je t’aime Marie. »
Bania MEDJBAR